La FEI renvoie au ban le Club des officiels en raison d’un prétendu “abus de confiance”

Le Club international des officiels de concours complet a demandé un avis juridique concernant la résiliation de son protocole d’accord par la Fédération équestre internationale, qui est intervenue “sans avertissement”, en raison “d’un abus de confiance et d’une rupture générale des relations”, selon la FEI. Voilà qui fait tache à quelques mois des Jeux olympiques de Paris 2024 et dans un contexte où les sports équestres, complet en tête, sont à nouveau sommés de se remettre en question pour assurer leur avenir olympique.



La Fédération équestre internationale (FEI) a exclu le Club international des officiels de concours complet d’équitation (IEOC) des parties prenantes ayant voix au chapitre dans le processus d’élaboration de ses règlements. Le 1er mars, la FEI a annoncé qu’elle mettait fin à son protocole d’accord avec l’IEOC, en invoquant rien de moins qu’un “abus de confiance”. L’IEOC avait déjà déposé une plainte auprès du Tribunal de la FEI contre les conditions révisées de renouvellement de ce protocole d’accord, datant de dix ans. L’IEOC a déclaré qu’il venait juste de recevoir une copie de la défense de la FEI, le 29 février, lorsqu’il a appris que ledit protocole, Memorendum of understanding (MOU) en anglais, avait été dissous. Dans une déclaration adressée aux cinq cents officiels (juges, commissaires au paddock, chefs de pistes, délégués techniques, vétérinaires, etc.) figurant sur sa liste de diffusion, l’IEOC s’est dit “choqué et déçu par ces actions”. Il a demandé un avis juridique sur ce dernier développement, tout en maintenant son recours vis-à-vis du tribunal de la FEI.

L’IEOC a été fondé en 1998 par les très renommés juges Bernd Springorum, Frederik Obel et Jean Mitchell, et a été l’un des premiers groupes constitués de parties prenantes des sports équestres internationaux à signer un protocole d’accord avec la FEI. Celui-ci lui donnait le droit de proposer et d’être consulté sur les modifications des règlements de la FEI, processus dans lequel l’IEOC a toujours été actif, y compris dernièrement sous la présidence du Britannique Andrew Griffiths. La FEI affirme que le point de vue des officiels sera toujours représenté au sein du comité technique de concours complet par Anne-Mette Binder, juge mais aussi sélectionneuse nationale de l’équipe danoise de dressage.

Selon les informations publiques disponibles sur le site Internet de l’IEOC, les relations avec la FEI se sont détériorées avant le différend sur les conditions de travail des officiels. Les procès-verbaux de ces dernières années montrent que l’IEOC a mis en garde contre la difficulté de recruter et de conserver les officiels – une préoccupation aggravée par la nouvelle structure de formation de la FEI et les systèmes d’évaluation des officiels, adoptés en 2022. En particulier, il existe des difficultés pratiques pour passer au niveau 4, une catégorie qui aligne le concours complet sur les autres disciplines chapeautées par la FEI. L’IEOC affirme qu’il n’a pas été consulté à l’avance. Il affirme que la qualification, le maintien et la mise à niveau deviendront inabordables pour beaucoup, en particulier pour ceux qui vivent dans des pays très éloignés de l’Europe. Les officiels de Nouvelle-Zélande, d’Australie ainsi que d’Amérique du Nord, où les possibilités pour les aspirants juges de complet d’apprendre auprès de juges de dressage sont déjà limitées, trouveraient impossible d’assister au quota requis d’événements de niveau supérieur en dehors à l’étranger.



Les officiels déplorent un manque de soutien, de compréhension et de respect de la part de la FEI

Cela vient s’ajouter aux difficultés rencontrées pour obtenir des nominations de la part des organisateurs (OC). Une enquête de l’IEOC a fait savoir que certains officiels avaient réussi à obtenir une invitation uniquement en disant aux organisateurs du concours concerné qu’ils seraient de toute façon présents dans le pays donné, leur faisant économiser des frais de voyage, ou même en leur offrant un parrainage. Entre 2015 et 2022, 54% des juges précédemment qualifiés pour officier lors de CCI de niveau 5* et de championnats Seniors n’ont pas reçu une seule invitation, et 50 % des places disponibles au sein des jurys ont été occupées par seulement 10% des personnes qualifiées. Pour les délégués techniques, au cours de la même période, les statistiques se sont avérées encore pires. En octobre 2022, l’IEOC, très inquiet concernant le nouveau système de formation des officiels de complet, a envoyé à la FEI huit pages de questions, formulées par ses membres, qui sont restées sans réponse.

L’IEOC affirme qu’il y a également un manque de soutien de la FEI pour les officiels pris à partie en compétition par des cavaliers qui ne sont pas d’accord avec une décision, ou qui sont harcelés sur les réseaux sociaux. Christian Landolt, qui a officié lors de dix championnats et vingt-trois CCI 5*-L, a démissionné l’an dernier en raison d’une réticence présumée de la FEI à intervenir lors d’un incident aux États-Unis. Lors d’une réunion avec les dirigeants de la FEI l’été dernier à Lausanne, la délégation de l’IEOC “a souligné à plusieurs reprises que la majorité de la main-d’œuvre dans le sport était composée de bénévoles, que l’avenir dépendait donc beaucoup de leur bonne volonté et que la FEI devrait faire preuve de respect à l’égard de ses officiels.” L’IEOC n’est pas la seule partie prenante à s’inquiéter de la diminution du nombre d’officiels et de chefs de piste de complet. La Fédération équestre européenne et les principales fédérations nationales, dont l’Allemagne et la Grande-Bretagne, l’ont signalé à la FEI au cours de l’année écoulée.

Concernant la résiliation du protocole d’accord avec l’IEOC, la FEI a déclaré que celui-ci “était fondé sur la confiance et l’engagement mutuel à favoriser la croissance des sports équestres dans le respect et l’harmonie. Malheureusement, au cours des derniers mois, il est devenu évident qu’il y avait un abus de confiance et une rupture générale des relations avec la direction de l’IEOC. Constatant qu’il n’était plus possible de poursuivre un dialogue et une collaboration, la FEI a décidé de mettre fin à ses relations avec l’IEOC, et donc de résilier le protocole d’accord signé. Nous tenons toutefois à souligner que cette décision n’a aucune incidence sur les relations entre la FEI et ses officiels de concours complet, avec lesquels nous souhaitons maintenir une collaboration positive.” Individuellement, donc…

“Au cours des derniers mois, le conseil d’administration de l’IEOC a discuté avec la FEI de diverses questions concernant les officiels et les termes du protocole d’accord. Nous avons fait de notre mieux pour résoudre ces questions à l’amiable, mais nous n’y sommes pas parvenus”, reconnaît l’IEOC. “Nous avons donc estimé que nous n’avions pas d’autre choix que de déposer une plainte auprès du Tribunal de la FEI, demandant à la FEI de se conformer à notre protocole d’accord, afin de nous assurer que les voix de nos membres puissent être entendues comme il se doit. La décision de la FEI ne change pas l’IEOC en tant qu’organisation, ni ce qu’elle représente. L’IEOC continuera à aider, conseiller ses membres, partager des informations, faire entendre leur voix et à travailler au développement du concours complet, comme il le fait depuis vingt-six ans. Les messages de soutien que nous avons déjà reçus n’ont fait que renforcer notre cohésion et nos ambitions.”

Quoi qu’il en soit, cette rupture n’augure rien de bon à quelques mois des Jeux olympiques de Paris 2024 et surtout dans un contexte où les sports équestres sont à nouveau sommés de se remettre en cause, voire de se réinventer, pour assurer leur avenir olympique. On imagine aisément les apports potentiels du Club des officiels concernant le nouveau format du concours complet olympique que la FEI entend introniser aux Jeux de Los Angeles 2028… parmi tant d’autres sujets.

Cet article de Pippa Cuckson a été publié en premier lieu en anglais sur le site HorseSport.com